La nécessité d'échouer pour réussir: c'est un prix nobel qui le dit !

Innover suppose le droit à l’erreur : pourquoi la psychological safety est indispensable dans les entreprises qui veulent innover. Par le prix Nobel Philippe Aghion

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La nécessité d'échouer pour réussir: c'est un prix nobel qui le dit !

Dans un récent article publié dans Les Échos, Philippe Aghion, Prix Nobel d’économie 2025 - dont j'ai déjà exposé les thèses ici, rappelle un principe aussi simple que dérangeant : il faut pouvoir échouer pour prendre des risques. Une affirmation qui peut sembler évidente, mais dont les implications sont rarement assumées jusqu’au bout, en particulier dans les entreprises.

Car si l’on accepte enfin que l’innovation n’est pas un processus linéaire, alors il faut aussi accepter ce qui va avec : l’essai, l’erreur, le détour… et parfois l’abandon.

L’innovation est une stratégie d’itération, pas de certitude

Innover, ce n’est pas “avoir la bonne idée du premier coup”. C’est avancer par cycles successifs : tester, apprendre, ajuster, pivoter. C’est exactement ce que vivent les start-ups dans leur recherche du bon go-to-market. Les échecs ne sont pas des accidents du parcours : ils en sont la matière première.

Dans mes interventions comme conférencier innovation, je le rappelle souvent : les organisations qui réussissent à long terme ne sont pas celles qui évitent l’erreur, mais celles qui savent en tirer des enseignements rapides et exploitables. Sans cette logique d’itération, l’innovation se fige ou se limite à des optimisations marginales.

Le droit à l’échec n’existe que s’il est réellement autorisé

Dire “vous avez le droit d’échouer” ne suffit pas. Encore faut-il que ce droit soit crédible.

Chez X (l’ancien Google X), les équipes ne célèbrent pas uniquement les réussites, mais aussi les tentatives arrêtées à temps. Un projet abandonné n’est pas vécu comme un échec individuel, mais comme une information utile pour la suite. Cette culture change radicalement la manière de prendre des risques.

À l’inverse, dans beaucoup d’organisations, l’erreur reste associée à la faute, au blâme ou à l’exposition personnelle. Dans ce contexte, personne ne tente rien. Et sans tentative, il n’y a ni créativité, ni innovation. C’est un point central que j’aborde systématiquement en conférence créativité.

Psychological safety : la condition non négociable

C’est ici que la notion de psychological safety devient décisive. Sans sécurité psychologique, les collaborateurs ne prennent pas d’initiatives. Ils se conforment. Ils exécutent. Ils protègent leur périmètre.

Le paradigme du management du siècle dernier – basé sur le contrôle et l’efficacité – ne suffit plus dans un monde où l’adaptabilité et la créativité sont devenues les clés du succès.

- Gary Hamel, London Business School & Harvard Business School -

Créer cette sécurité n’est pas une question de bienveillance abstraite : c’est une responsabilité managériale concrète dont j'ai déjà parlé ici. Accepter l’incertitude. Tolérer l’erreur intelligente. Séparer clairement l’échec d’un projet de la valeur d’une personne.

Philippe Aghion en parle à l’échelle macroéconomique. Sur le terrain, en conférence innovation comme en conférence créativité, on en voit les effets immédiats : sans ce climat de confiance, les organisations s’auto-censurent. Et l’innovation devient un mot creux.

Innover, c’est créer un climat, pas un slogan

On peut multiplier les plans, les incitations et les discours sur l’innovation. Tant que le droit à l’échec n’est pas réellement incarné, rien ne bouge en profondeur.

L’innovation n’est pas une injonction.


C’est un environnement à construire.